Interview d’Isabelle, en pleine préparation pour sa saison 2011-12


A part l’escalade et maintenant le pilotage, pratique-tu d’autres sports ?

Interview d’Isabelle, en pleine préparation pour sa saison 2011-12

Non, je fais un peu de snowboard de temps en temps, mais vraiment plus très souvent…


As-tu un programme d’entrainement physique spécifique ?

Je fais des footings trois fois par semaine.


Physiquement, pour un petit bout de femme, piloter un monstre de 300cv demande des aptitudes particulières ?

Il faut de l’endurance, car sur le dakar, nous restons au minimum 10-12 heures dans la voiture, et ce pendant 15 jours, c’est pourquoi le footing aide à récupérer

Rapidement. Ce qui est dur sur un dakar, c’est que nous dormons assez peu.Par contre le pilotage d’un buggy est très confortable. Nous avons de grands débattements de suspensions, ce qui donne du confort, surtout lorsque que l’on passe dans des trous, ou sur de la tôle ondulée. Après une spéciale, on ressort bien moins fatigués que dans un 4x4…


Au-delà de la rage de vaincre et de la joie des podiums, les rallye-raids t’apportent quoi ?

C’est comme l’escalade, c’est la passion, donc c’est assez rationnel. Quand on imagine le temps que l’on peut mettre pour monter, par exemple un projet Dakar, (cela prend pratiquement une année, entre la recherche des partenaires, la préparation du véhicule…) mais c’est mon moteur dans la vie.Par contre, par rapport à l’escalade, où là je n’avais vraiment pas de temps pour moi, les rallyes me permettent de voyager, de rencontrer des nouveaux peuples, des nouvelles coutumes…et c’est ça la richesse du rallye-raid. Au-delà de faire une course, il y a un vrai échange avec la population.En Argentine, par exemple, tout le pays est sorti sur les routes, les stations service…pour nous voir passer. Pour eux c’est une grande fierté d’avoir le rallye chez eux. Après avoir vu la course pendant des années à la télé, maintenant ils peuvent toucher de près ce rallye mythique. Et c’est vraiment agréable de pouvoir montrer sa passion à des gens qui l’apprécient vraiment


Dans tes propos on retrouve souvent le fait que tu semble vouloir être l’égale, ou meilleure, que les hommes, est-ce un trait de ton caractère ? Veux-tu prouver (ou te prouver) quelque chose ?

En rallye-raid, il n’y a pas de catégorie féminine, et je ne voudrais surtout pas qu’on dise que je suis la première femme…puisque nous sommes tellement peu nombreuses, ça ne rime à rien. Par contre, lorsque nous finissons 17ème au dakar 2009, et 2ème dans la catégorie deux roues motrices…là, c’est un vrai résultat pour moi, car au départ il y avait 180 voitures, et finir à cette place, avec les budgets dont nous disposons…c’est bien. Il y a de la vraie concurrence, que ce soit en 2 roues motrices, ou au général. C’est ce qui me motive. Il faut tous que nous nous sortions les pouces pour en arriver là.

En escalade, je m’entrainais toujours avec les hommes, comme ça je me disais que si je me rapprochais de leur niveau, je serais forcément la meilleure parmi les femmes. C’est ça la compétition, nous sommes des extrémistes du résultat, et il faut toujours faire plus, plus haut, plus fort….


De l’escalade aux rallyes raids… Portrait d’une championne du monde

L’image d’une jolie blonde, escaladant des parois verticales, aperçue dans un magazine au début des années 1990, reste gravée dans ma mémoire, comme dans celle de beaucoup d’amateurs d’aventures de ma génération… Avec Patrick Edlinger, Catherine Destivelle, éric Escoffier et bien d’autres, Isabelle restera l’une des figures incontournables de ces années folles, où la simple évocation du nom de « Chamonix » nous transportait aux sommets de l’extrême…


De l’escalade aux rallyes raids… Portrait d’une championne du monde

Dès l’âge de 5 ans, Isabelle est attirée par les défis, en compagnie de ses parents, elle découvre les joies de l’escalade, et se lance déjà son premier défi : qui, sous la forme d’un mur de quelques mètres, sera son premier sommet…

A l’âge de 21 ans, en 1988, elle remporte le premier de ses quatre titres de championne de France d’escalade. La consécration, elle la connaîtra en 1991-92, avec deux titres consécutifs de championne du monde. La plus haute marche du podium, le titre ultime qui était l’objectif de sa carrière. En 1994, elle raccroche ses chaussons, sur un titre de vice-championne d’Europe. A ce moment là, Isabelle décide de se consacrer à sa vie de femme.

Mais l’aventure n’est jamais loin et en 2000, on la retrouve au volant d’un 4x4, pour le Rallye des Gazelles. Révélation: Isabelle est douée pour les sports mécaniques. Elle se lance donc dans la compétition, avec la même force et la même détermination que pour l’escalade, dix ans auparavant.


De l’escalade aux rallyes raids… Portrait d’une championne du monde

Les résultats ne se font pas attendre et, en 2002, elle participe à son premier Dakar. Elle aime la compétition, la vraie,… Et se bat à armes égales avec les hommes. La récompense de ses efforts, en 2004, Isabelle décroche le titre de championne du monde de rallye-raid, en catégorie « production ». C’est la première fois qu’une femme obtient ce titre.

Isabelle participera aux plus grands rallyes qui se présentent à elle. Dévoreuse de kilomètres de pistes et de désert, on la retrouvera sur le rallye de Tunisie, du Maroc, de l’Orient, d’Egypte ou de Turquie. Mais le Dakar reste « la » grande aventure… Le Dakar lui apportera aussi l’amour ! En 2004, aux portes de Tambacounda, au Sénégal, elle rencontre Thierry Delli-Zotti, alors copilote de Carlos Souza, au sein de l’écurie officielle Nissan.


De l’escalade aux rallyes raids… Portrait d’une championne du monde

L’année suivante, on les retrouvera tous les deux dans la même voiture, Isabelle comme pilote et Thierry comme copilote, dans une Nissan d’usine officielle. En 2006, ils entament leur première saison en tant que Team privé. En 2007, ils passent de près à côté du podium, en terminant 4ème au rallye de Tunisie, sur une voiture de type Buggy, deux roues motrices, avec moteur Chevrolet, entièrement construit par Thierry.

Depuis, ils ne cessent d’avaler les kilomètres, peaufinant sans cesse leur véhicule, affutant le pilotage… Isabelle ne s’arrêtera pas tant qu’elle n’aura pas atteint le but qu’elle s’est fixée : la première place ! Elle veut être la première femme à gagner le Dakar dans la catégorie « deux roues motrices ». Elle maîtrise à merveille les 300 chevaux de son bolide avec la souplesse et la nervosité d’un félin.


De l’escalade aux rallyes raids… Portrait d’une championne du monde

En 2010, Isabelle et Thierry entament la conception d’un nouveau buggy très léger, équipé d’un moteur de moto super puissant. Les premiers tests réalisés au Maroc sont très prometteurs.

Au Dakar 2011, Isabelle et Thierry signent une magnifique 3ème place dans la catégorie 2 roues motrices et 16ème au général, sur un buggy SADEV à moteur Nissan, au sein du Team Dessoude.

2011 et 2012 sont des années remplies de projets.

On reparlera certainement bientôt du team « Patissier & Delli-Zotti »…


De l’escalade aux rallyes raids… Portrait d’une championne du monde